Cabinet de curiosité #2 : Lois et astuces éthiques.

cabinet de curiosité le bizarreum

Partie 1 – Définitions et cadre juridique
Partie 2 – Qu’est-ce que je peux mettre dans mon cabinet de curiosités ?

A l’heure du retour des cabinets de curiosités qui abondent sur la toile depuis quelques années, j’ai au cours de mes recherches croisé des choses qui m’ont interpellées. L’idée de cet article, à savoir, est-il possible de faire un cabinet de curiosité éthique au XXIe siècle me semble être opportun pour que chez vous, vos collections soient en accord avec la loi et surtout que cela puisse vous permettre de vous poser certaines questions avant acquisitions. Depuis une dizaine d’années que je suis de loin le domaine du funéraire et par conséquent les objets qui y sont associés, la relation avec les cabinets de curiosité néo générationnels a beaucoup évoluée. C’est d’ailleurs sous cette appellation que je vous présente des objets de deuil sur ma chaîne depuis 2017 et que j’ai déjà interviewé un premier collectionneur sur ce blog de façon anonyme.

Mais ayant travaillé dans le domaine de la conservation muséale et patrimoniale et étant fermement attachée à certaines de mes convictions, je me dois à mon sens de faire cet article pour alerter ou du moins pousser à la réflexion. Ici il n’est pas question d’accabler mais bien de rappeler les lois pour que vous ayez un panel de ce qui est répréhensible ou non afin de ne pas avoir de problèmes avec la justice si vous faites l’acquisition d’une pièce qui s’avère recherchée ou illégale. Ayant moi même acheté dans le passé des choses que je n’aurai pas dû et que je regrette actuellement, c’est vraiment suite à cette réflexion depuis quelques années que j’ai décidé de sauter le pas pour écrire ce pavé. Donc ne prenez pas ad hominem mes propos, je produis ce contenu suite à mon propre comportement et de façon factuelle.

Partie 1 – Définitions et cadre juridique

Pour ce qui est de la définition du cabinet de curiosité, je vous renvoie à l’interview donnée sur le site Le paratonnerre où je réponds rapidement à une question (2) sur le sujet. Un cabinet de curiosité était avant tout un espace permettant de rassembler des objets ramenés ou achetés à des voyageurs pour permettre à la haute société et aux petits cercles d’érudits et de notables de découvrir des choses et pourquoi pas faire avancer la réflexion sur certaines sciences dés la Renaissance. Comme j’anticipe ces réactions : Oui, ces cabinets de l’ancien temps sont les résultats de trocs, d’échanges, d’achat ou de vols de biens dans de nombreux pays. Oui la question est problématique puisque dans un monde idéal la restitution immédiate est la plus logique. La question se pose énormément dans le milieu muséal et patrimonial mais cela reste très long de faire des lois nationales dans chaque pays. Mais ces questions sont loin d’être oubliées par les conservateurs du patrimoine. Pour ce qui est des cabinets de curiosité, il faut se remettre dans le contexte de l’époque : Peu de voyageurs en comparaison à l’ensemble de la population versus un besoin d’élargir le savoir mais sans possibilité d’avoir les observation adéquates. Ce n’est donc pas les gens qui vont aux objets mais les objets qui vont à eux. Et si vous même en tant que particulier vous vous dites que vous tenteriez bien une restitution d’objet d’une collection personnelle, vous verrez que même ces actes privés sont régis par des lois qui pourraient vous apporter plus d’ennui qu’autre chose (possession illégale d’un objet dont vous ne pouvez pas prouvez ni l’authenticité ni la provenance ni attester que le vol n’est pas de votre fait). Pour clore cet aspect de l’article, oui il est important de reconnaître le vol et les déplacements d’objets spoliés en collections privées, mais il faut aussi prendre en compte le contexte de l’époque et les outils disponibles actuellement pour répondre à ces problématiques tout en adéquation avec les lois internationales. Tous ces éléments permettront à l’avenir de répondre petit à petit à ces questions.

En principe, un cabinet se subdivise comme tel :

  • Les artificialia ou mirabilia, « choses étonnantes, admirables » regroupent les objets créés ou modifiés par l’Homme (antiquités, œuvres d’art, armes, monnaies, instruments de musique etc.)
  • Les naturalia rassemblent les animaux naturalisés, les insectes séchés, les squelettes, les carapaces, les coquillages, les herbiers, les fossiles, les minéraux et les « monstres » (tératologie)
  • Les exotica regroupent les plantes et animaux exotiques
  • Les scientifica regroupent les instruments scientifiques

Je vais prendre chaque catégories pour essayer de vous orienter au mieux dans vos choix si vous souhaitez faire une collection qui :

  1. Ne risque pas d’occasionner une descente de police chez vous
  2. N’est pas issue d’un vol
  3. Ne vous met pas en danger

Alors vous allez me dire : Oui mais si c’est moi qui trouve ces éléments dehors ou de façon fortuite ? Alors je vous redirigerai vers ce petit document passionnant de l’UNESCO avec quelques articles de loi.

Je vous parle d’une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître quand on entendait dans les vide greniers « HEY TU VEUX CET ANIMAL MORT MOCHE QUI PUE? »
Et bien, cette taxidermie maintenant elle vaut de l’or. Sur cette touche d’humour, partons vers le monde délicieux de….la loi.

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Artificialia ou Mirabilia

Comme sus-citée, cette catégorie regroupe les objets créés par la main de l’Homme. Ce qui n’exclue pas certains éléments auxquels être attentifs.

Les antiquités : Catégorie qui regroupe les objets tant archéologiques qu’historiques. Difficile à tracer, ces objets font partie de ceux qui vont être le plus au cœur des trafics. Vente sous le manteau, revente suite à des vols, vols sur sites archéologiques ou historiques, tant d’éléments auxquels il faut être vigilant car sans traçabilité, rien ne vous indiquera que cette fibule romaine n’a pas été sortie d’un site archéologique ou bien que cette magnifique statuette n’a pas transité sous le manteau dans des réseaux de type terroristes dans les pays en guerre (le marché de l’art est une mine d’or pour les trafiquants). Néanmoins, les ventes officielles en salles ne protègent pas contre l’achat d’objets volés il y a un siècle. La problématique du trafic est vraiment majeure à l’échelle internationale. Si bien qu’INTERPOL possède un service spécialement dédié au trafic de biens culturels. D’ailleurs voici les recommandations sur le site d’INTERPOL que je restitue ci-dessous:

  • Faire attention lors de l’achat d’objets et employer tous les moyens disponibles pour en déterminer l’origine et la provenance : cela est particulièrement valable pour les objets culturels qui semblent provenir de zones de conflit ;
  • utiliser la base de données d’INTERPOL sur les œuvres d’art volées pour contrôler tous les objets qui vous sont soumis. Cette base de données est ouverte au grand public et vous pouvez en demander l’accès ;
  • inventorier les collections, avec des photographies et une description exacte de chaque objet ;
  • refuser d’acheter un objet sans la documentation adéquate quant à son origine ;
  • faciliter l’identification des objets [c.-à-d. marquage laissé par le propriétaire ou par des entreprises privées spécialisées] ;
  • protéger les lieux où se trouvent les collections ;
  • signaler immédiatement les vols à la police ou à d’autres autorités chargées de l’application de la loi et leur fournir la liste complète des objets volés avec des photographies.

Voilà quelques éléments qui peuvent aider car même dans les réserves de musées, la surprise aux récolements décennaux d’avoir des objets manquants n’est absolument pas une nouveauté. Ici en supplément un article de Sécurité et défense magazine sur le sujet.

Petit complément sur l’archéologie : «Constituent des éléments du patrimoine archéologique tous les vestiges et autres traces de l’existence de l’humanité, dont la sauvegarde et l’étude, notamment par des fouilles ou des découvertes, permettent de retracer le développement de l’histoire de l’humanité et de sa relation avec l’environnement naturel.» (art. L510-1)

« Nul ne peut effectuer sur un terrain lui appartenant ou appartenant à autrui des fouilles ou des sondages à l’effet de recherche de monuments ou d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie sans en avoir au préalable obtenu l’autorisation. » (art. L531-1 à 3)

L’article L.322-3, du code pénal qui prévoit 100.00 € d’amende et 7 ans de prison quiconque aura intentionnellement :-soit détruit, abattu, mutilé ou dégradé un immeuble ou un objet mobilier classé ou inscrit ;-soit détruit, mutilé, dégradé, détérioré des découvertes archéologiques faites au cours de fouilles ou fortuitement, ou un terrain contenant des vestiges archéologiques. »Les fouilles subaquatiques sont elles-mêmes dotées d’une réglementation ; celle-ci peut concerner certaines investigations menées dans les conduits noyés (galeries ou puits).- La précision autour des vols subaquatiques m’ayant valu une salve d’insultes et de menaces me semble mériter sa petite précision dans l’article pour les plus bornés de mon lectorat.

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Autre catégorie importante à mentionner : Les militaria. Cette catégorie est aussi très recherchée, très demandée, très copiée. Les objets militaires peuvent aussi provenir de fouilles clandestines et dans les cas les plus grave s’avérer être dangereux (explosifs).  L’article L2331-1 du Code de la Défense définit les armes de guerre parmi lesquelles peuvent se trouver les armes anciennes . Mais tous les passionnés de militaria ne sont évidemment pas des trafiquants et sont très au courant des lois, des dangers liés aux armes et au transit de certains éléments délicats. Néanmoins il me faut dans cet article rappeler pour les novices : Si il vous venait à l’esprit d’acheter une arme ancienne ou un élément militaire, gardez en tête que les armes même d’une autre époque sont encadrées par la loi et que d’autres éléments peuvent être le fruit de pillages in situ.

Pour ce qui est des monnaies, idem, les plus anciennes sont souvent sorties de sites archéologiques il est donc important d’être vigilant et aussi de faire attention aux faussaires qui peuvent être croisés sur le marché de la numismatie.

Enfin, les objets venus de pays étrangers sont aussi soumis à des lois locales et internationales. Sortir une antiquité ou un objet culturel d’un pays étranger peut se payer extrêmement cher à la douane de l’aéroport mais spoile également les locaux. Exemple type, je prends un que je connais, celui de l’Éthiopie où il est possible de lire sur le site France Diplomatie :

Il est autorisé d’emporter avec soi des souvenirs artisanaux. Toutefois, les autorités douanières saisissent parfois des objets touristiques, surtout religieux, mais également d’autre nature. Il est conseillé de demander une facture lors de tout achat de souvenirs et de la conserver avec soi. Pour exporter une antiquité éthiopienne, il convient d’être en possession d’une autorisation spéciale. Les principaux antiquaires d’Addis Abeba assistent les voyageurs pour l’obtenir.

Ces fiches existent pour tous les pays.

Gardez à l’esprit : Un objet archéologique sorti de son contexte de terrain est inutile à la recherche et surtout est intraçable. Hors contexte, un objet archéologique perd son intérêt pour l’intégrer à un ensemble afin d’en déterminer l’usage ou encore la datation précise c’est comme ça que des chercheurs sont encore en train de se disputer sur l’origine du disque de Nebra par exemple en Allemagne suite à sa sortie de terre par des pilleurs.

Naturalia

Ici nous allons aborder le patrimoine biologique et naturel et voir ce qui est prévu à ce niveau pour endiguer les trafics. Par conséquent vous verrez que dans l’idée d’un cabinet de curiosités on ne peut pas faire n’importe quoi. Je vous conseille les documents de l’OCIM pour vous informer sur ces questions de conservation.

Je ne peux faire cette partie d’article sans mentionner en premier lieu la CITES aussi appelée Convention de Washington. Quelque 5800 espèces animales et 30.000 espèces végétales sont protégées par la CITES de la surexploitation visant à alimenter le commerce international. On estime que le commerce international des espèces sauvages représente des milliards de dollars par an et qu’il porte sur des centaines de millions de spécimens de plantes et d’animaux. Ce commerce est varié, allant de plantes et d’animaux vivants à une large gamme de produits dérivés – produits alimentaires, articles en cuir exotique, instruments de musique en bois, souvenirs pour touristes, remèdes, et bien d’autres encore. L’exploitation et le commerce intensifs de certaines espèces, auxquels s’ajoutent d’autres facteurs tels que la disparition des habitats, peuvent épuiser les populations et même conduire certaines espèces au bord de l’extinction. De nombreuses espèces sauvages faisant l’objet d’un commerce ne sont pas en danger d’extinction mais l’existence d’un accord garantissant un commerce durable est importante pour préserver ces ressources pour l’avenir.

Souvent quand je vois des personnes publier leurs collections animalières, la question qui revient le plus souvent du public est celle de la provenance des animaux et de la façon dont ils ont été mis à mort. Mise à part une confiance dans votre vendeur ou une certification, rien n’indique que l’animal que vous achetez n’a pas été chassé dans la nature. C’est aussi simple que cela. Alors pour les animaux répertoriés au CITES qu’ils soient vivants ou morts, leur trafic est juste interdit. Ainsi, quand vous vous retrouvez avec les défenses d’éléphant ramenées d’un voyage de votre arrière grand père ou bien les boots en croco du tonton parti en Afrique dans les années 80, vous n’avez pas le droit de les vendre et en principe pas le droit de les posséder si vous n’avez pas le certificat de provenance. C’est ainsi que beaucoup de gens qui n’ont rien demandé se retrouvent avec ce type d’objet chez eux se retrouvant coincés car invendables.

Pour avoir travaillé dans le domaine de la conservation animale quand j’étais plus jeune (protection des Chéloniens) je peux vous assurer que le trafic est extrêmement poussé et que sortir des bébés tortues à moitié mortes de valises saisies en douane après un voyage à -40 degrés en soute d’avion pendant 6 heures est une réalité.

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La dépêche

Insectes et plantes

Pour ce qui est des insectes et des plantes, c’est pareil, le référent est la CITES et sa liste. Ainsi je rappelle, prélever des insectes et des plantes de leur milieu naturel/biotope peut être passible de peines si il s’agit d’espèces protégées. Par exemple, en France,  prendre une  belle mante religieuse verte qui est venue se reposer dans votre jardin pour la mettre en captivité c’est interdit. Prélever des plantes et encore plus dans les réserves naturelles et parcs nationaux également. Il faut alors être très vigilant car l’arrachage à des fins de collection (séchage, stabilisation) n’est pas possible avec toutes les plantes selon les endroits et leur statut. Tout ce qui touche à la convention de Washington est possiblement condamnable aux douanes lorsque vous voyagez si il vous venait à l’esprit de ramener des coquillages ou encore des plantes locales. Même sans arrière pensée négative et juste pour mettre chez vous, ces problèmes douaniers existent et il est bon d’en prendre conscience. Sachez que parfois, même le sable est interdit au transport (soit par conservation soit par défaut d’authentification à travers un contenant = danger potentiel avec les lois anti terrorisme type anthrax).

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Opération Satanas pour la protection des insectes.

Dossier National Géo sur « pourquoi il faut s’alerter du business florissant des insectes morts ou vifs »

Les fossiles

Ici nous allons aborder les questions en lien avec le patrimoine géologique qui lui aussi est menacé. Pour les dinosaures et autres fossiles, il faut attendre les années 70 et la qualification par l’UNESCO comme bien d’intérêt paléontologique. D’où la circulation massive et non contrôlée avant cette époque. Les restes de ce type sont protégés, on ne peut pas faire n’importe quoi ni les faire circuler librement. Je vous oriente vers ces articles très intéressant sur la question : Le statut du fossile et les ambiguïtés de leur statut.

Aspects juridiques de la protection des dinosaures
Jean-Dominique Wahiche

L’éthique comme contrepartie aux ambiguïtés des pratiques paléontologiques ?
Michel Van Praët

La recherche de vrais spécimens complets est en plein boom actuellement selon plusieurs sources comme certains revendeurs sur le marché de l’art. Il est d’autant plus risqué encore une fois de faire transiter des éléments par avion puisque les fossiles n’échappent pas à la saisie non plus. Des alertes contre le pillage des fossiles au Maroc, El Dorado du dinosaure s’élèvent de plus en plus pour lutter contre ce trafic qui a toujours très bien fonctionné mais encore plus avec internet où les ventes et l’anonymat sont facilités. Donc comme pour tout : Oui, on peut acheter des choses de façons légales ou illégales. C’est à vous de bien mesurer votre transaction et voir si vous souhaitez faire des choses en règle ou non. Le libre arbitre.

Le patrimoine géologique

Comme pour les autres catégories, l’objet autant que le lieu où ce dernier est découvert est important dans le cadre d’un ramassage. Un lieu comme une Réserve Naturelle (RN), un site classé (et cela est aussi valable pour les mines) sont des zones qui sont exclues de toute possibilité de ramassage sauvage d’éléments.
Qu’en est-il pour un terrain privé ou une mine privée? A vrai dire, même si « La propriété du sol l’emporte sur la propriété du dessus et du dessous » (Code Civil, article 552), la loi interdit, au propriétaire, de fouiller son propre terrain, sans autorisation de l’autorité compétente (Code du patrimoine, art. L531-1). Restriction active et valable pour les cas suscités en lien avec l’archéologie également.
Les mines répondent juridiquement au Code Minier, la collecte dans un cadre de recherche et universitaire et des services de la Direction Régionale de l’Industrie et de la Recherche (DRIRE) avec par exemple l’article suivant : Art.L.121-3: L’explorateur, non bénéficiaire d’un permis exclusif de recherches, ne peut disposer des produits extraits du fait de ses recherches que s’il y est autorisé par arrêté préfectoral.
A cela s’ajoute également les arrêtés préfectoraux de protection de géotope. Est-ce qu’il est donc possible de ramasser n’importe quel caillou ? La réponse est en théorie : non.
Par ailleurs, faire transiter des cailloux dans une valise à l’étranger peut exposer à des contrôles douaniers avec des amendes selon les pays et un petit passage au poste dans certains cas. Sachant que certaines roches sonnent au rayons X, cela est toujours bon à savoir au niveau des lois locales.

Les restes humains

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Nat géo

 

Cette partie là est la partie dont je parle le plus sur les réseaux sociaux compte tenu du fait que tout et n’importe quoi circule à ce propos. Avec un grand boom des ventes d’ossements humains pour étoffer des collections, il faut distinguer plusieurs choses :

– Tous les pays n’ont pas les mêmes lois
– Rien qu’aux États-Unis, tous les états n’ont pas la même loi non plus.

Ainsi, avec les réseaux sociaux, il nous est possible de découvrir des collections privées et légales dans le monde qui sont presque irréalisables chez nous en termes de loi et de vente. Pour autant, la vente d’ossements qui se faisait avant entre collectionneurs aguerris s’est diffusée auprès du grand public = cela engendre donc plus de comportements néophytes et c’est ainsi que l’on a pris conscience du boom de ces ventes. En France, le défunt est protégé. Ainsi :

 » Le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Les restes de personnes décédées y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à une crémation doivent être traitées avec respect, dignité et décence » Article 16-1-1 Code civil.

« Toute atteinte à l’intégrité du cadavre, par quelque moyen que ce soit, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende » article 225-17 du Code pénal

Ainsi, dans les faits, le corps est sujet à une protection juridique. Protection qui n’échappe pas aux acteurs du patrimoine pour ce qui est de la conservation des restes humains. A lire, cet ouvrage de l’OCIM sur la question.

Pour rappel, l’achat de restes humains est en général sauf attestation de provenance intraçable (et illégal). Ainsi, même si il est très probable que ce que vous achetiez en ossement si cela arrive provienne d’une collection ancienne ou bien d’un vol de sépulture (ce qui arrive très régulièrement aussi ou lors d’une exhumation), rien n’indique que la pièce achetée ne provient pas d’un trafic d’êtres humains au delà de nos frontières. Cela existe, cela s’appelle le Red Market, autrement dit le marché rouge, équivalent du marché noir en somme.

Pour ma part, j’ai déjà acheté un ossement il y a quelques années. N’étant pas nécessairement sensibilisée à cela, je ne voyais pas forcément le problème et je ne le referai pas même si j’aimais beaucoup ça visuellement. Pour autant il me semble important de rappeler les lois car personne n’est à l’abri d’amendes lors de ce type d’achat et ce par manque d’informations sur le fait que c’est illégal. Encore une fois, on est plus à même de prendre des décisions quand on est conscient des risques que cela implique.

Ainsi, cela est valable aussi pour ce que l’on appelle les éléments dits humides : fœtus, organes, peaux. Aucune idée de la provenance et bien que tout se vende sur un corps humain à des fins de greffe dans de nombreux pays où il faut payer et son opération, et son organe pour être pris en charge plus rapidement…cela engraisse le marché rouge avec une vague idée de la provenance. Si les fermes à sang existent dans le monde pour pomper des individus vivants et pas forcément consentants afin de revendre leur fluide vital, il est facile d’imaginer ce qui se fait ailleurs et sur le corps complet.

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Exotica

Comme pour Naturalia, mêmes lois, mêmes règles ! Se référer à la partie correspondante.

Scientifica

Cette catégorie regroupe les objets scientifiques comme les vieux objets de médecine, les lunettes d’astronomie et tout autre élément utilisé à des fins de recherche à une époque donnée. Ces objets font partie de ce que l’on appelle le patrimoine mobilier scientifique et technique qui répond aussi à une conservation particulière. Comme pour tous les objets fabriqués par l’homme, il s’agit d’un ensemble d’éléments regroupés pour en constituer un seul. Plus ou moins complexes mais aussi plus ou moins dangereux, les éléments de fabrication sont à prendre en compte pour bien cerner l’ensemble de l’objet. Le temps n’arrange pas forcément les éléments qui constituent ces objets. Ainsi, il faut rester vigilant à plusieurs éléments et en particulier à la corrosion (et donc au taux d’humidité de la pièce où a été entreposé l’objet ou celle où il le sera par la suite). Ainsi, des produits ayant eu un fonctionnement s’avérant dangereux et l’étant toujours potentiellement plusieurs siècles ou années plus tard demandent au collectionneur de faire attention à plusieurs choses :

– Le risque sanitaire direct
– Le risque environnemental

Cela est valable aussi bien pour des machines à radio du siècle passé que pour des tubes à essais encore remplis ou des contenants pouvant éventuellement fuir. Donc prudence. Évidemment, les objets qui constituent ce patrimoine peuvent être protégés ou de collection (un microscope de Pasteur par exemple est une pièce muséale et donc protégée). Ainsi, même si tous les objets scientifiques ne sont pas protégés, certaines pièces répertoriées le sont.

Sachant tout cela, vous êtes prêts à pouvoir faire votre cabinet de curiosités !

Partie 2 – Qu’est-ce que je peux mettre dans mon cabinet de curiosités ?

Comme vous le constatez, on ne fait pas ce que l’on veut. Nous savons tous que nombre d’objets se promènent librement sur internet, dans les brocantes et chez les particuliers. Ainsi, même si il est difficile de lutter contre certaines ventes, que d’autres sont surveillées par la gendarmerie, les douanes ou encore Interpol, il est important de s’informer sur ce qui est faisable ou non. Mais cela laisse plein de possibilités à condition de chercher, chiner et parfois…fabriquer !

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Une partie de mon intérieur, tout est exclusivement fabriqué et récupéré.

Si il semble assez peu probable d’avoir un problème en achetant un vieux squelette de corail lui même pêché il y a 50 ans et prenant la poussière chez un antiquaire, il est tout de même possible à l’échelle individuelle, de ne pas acheter des éléments issus de trafics actuels même si tout est une question de libre arbitre. Internet regorge de sites proposant des copies et cela est valable aussi bien pour des ossements, pour des objets scientifiques et bien sûr des faux objets archéologiques (attention, du vrai faux, pas du faux vrai où là c’est encore un trafic autre). Mais il y a aussi beaucoup de pièces neuves ou anciennes qui ne sont pas soumises à des lois particulières et qui sont très sympas dans un cabinet de curiosité et qui ne nuisent ni à la nature, ni au patrimoine et ne vous apportera absolument aucun problème d’ordre juridique. Certaines copies sont un peu onéreuses (parfois moins que les vrais éléments par contre) comme sur ce site Boneclones

Pour ma part j’achète souvent des faux, surtout quand il s’agit de copie de vieux hominidés, je trouve ça super ludique et très bien fait et ça rend vraiment bien  ! Après il y a de très beaux cabinets avec des pièces légales, avec des animaux qui ne sont pas soumis au CITES, bref c’est très variable mais les lois occasionnent une restriction certaine pour l’acquisition de pièces particulières (et heureusement dans un sens pour la protection de la nature).

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Faux crâne d’Hominidé – 35 € sur une foire « préhistorique » Fac-similés des travaux de Howard Carter 5 € chez Maxi livres

Le DIY est aussi une excellente solution pour agrémenter un cabinet de curiosité ! Pour ma part je récupère d’anciennes cloches en verre souvent d’époque Napoléon III et je les orne de mes créations. Un des meilleurs endroits pour trouver de chouettes DIY c’est Pinterest ! On me demande souvent où j’ai trouvé ou acheté certaines choses chez moi, et bien c’est simple, la majorité des éléments je les construis moi-même ou je recycle. Tout dépend du style de cabinet que l’on souhaite ! Pour ma part je dirai que j’en ai deux, celui plus sombre, plus macabre et celui plus aventure avec mes babioles de voyages. Un cabinet de curiosité est en soi quelque chose d’unique que l’on fait pour s’apporter de la joie lors du contact visuel. C’est important que cela nous plaise.

cabinet de curiosité éthique
http://www.thegatheredhome.com

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cabinet de curiosités
https://uk.forme.space/2019/05/01/35-diy-dried-and-pressed-flower-home-decorations/

Autre astuce, les vieux jouets, les photos anciennes, les anciennes horloges, tant d’objets qui ne sont pas protégés et qui sont très cool et souvent des petites perles de collection !

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Photos post mortem chinées – 2 € l’une

J’espère que cet article vous aura éventuellement informé, appris des choses, sensibilisé sur des sujets. Il me semblait important de le produire, cela m’a pris beaucoup de temps et les sources sont en lien de l’article. Le partage de cet article serait un super moyen de prévenir les personnes souhaitant se lancer dans la collection et dans la constitution d’un cabinet de curiosité. N’oubliez pas de checker les lois locales selon votre pays si vous souhaitez en savoir plus ! Et sur ce, bonne chine à vous !

Merci à Ariane, Clément, Camille !

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